Un bobo ou un autre, le mien ou le vôtre, peu importe ils sont là comme des robots destructeurs de bonheur, des anéantisseurs de vitalité, des éteignoirs de créativité. Je leur en ai voulu longtemps à ces douleurs porteuses de malheur, de déshonneur même, aussi longtemps que je les ai traitées comme des agresseurs et des ennemis. J’étais en guerre avec cette partie de moi qui ne voulait plus continuer. Je me suis épuisée à force de vouloir que ce soit autrement, à force de non–acceptation et de refus de la maladie qui altérait mon image et reflétait la faiblesse, l’impuissance et l’inaptitude. J’étais complètement identifiée à cette douleur, prise au piège et je souffrais. Je perdais la bataille, ma vitalité s’étiolait et le sourire m’abandonnait.
C’est une histoire que vous connaissez n’est-ce pas ? elle se répète en nous comme un vieille rengaine et nous donne la sensation de tourner en rond dans nos difficultés. Le bobo prend la couleur d’une maladie, d’une douleur, d’une tristesse, d’une obsession ou d’une colère, s’enracine dans nos cellules et nous lui cédons toute la place. Il envahit tout, prend le contrôle de nos vies, brouille notre vision et modifie notre regard sur le monde. Comme si l’expérience créait un écran de fumée annihilant la joie, le bonheur et la capacité d’être heureux.
Rien nous oblige pourtant à une telle réaction. Rien nous oblige à confondre la souffrance et la douleur, rien nous oblige à la guerre, rien nous oblige à considérer cette chose comme l’ennemi ou le traître.
Un instinct de survie un jour de grands fonds, a guidé mes pas vers le taichi, et plus tard vers les chigong, ces exercices de santé et de vitalité issus de la médecine traditionnelle chinoise. Ces méditations en mouvement allaient changer à tout jamais mon rapport à la vie en réveillant le dieu endormi au fond de moi, le dieu guérisseur, le dieu créateur de toutes les réalités.
Ce fut pour moi une révélation, j’ai appris à tourner les yeux vers l’intérieur et je suis partie à la recherche de cet élan de vie porteuse du bonheur que je m’étais longtemps épuisé à chercher à l’extérieur. Mon attitude a changé et j’allais déjà mieux. Je partais pour un voyage qui allait me permettre de redevenir mon meilleur ami et me réconcilier avec cette partie de moi qui mobilisait mon attention, qui avait besoin de support et de tendresse, besoin d’être aimé aussi. Et voilà qu’aujourd’hui je m’accompagne toujours sur le chemin du mieux-être, je suis la route du bonheur au cœur de mon être. Je bénis même le bobo qui m’a ouvert cette route vers le mieux-être, cette route de lumière.
Rien de bien compliqué, j’écoute ma respiration et elle me guide vers la guérison. Aussi simple que ça et gratuit en plus. Sceptique ? Vous qui lisez ceci, est-ce que vous respirez présentement ? et comment respirez-vous ? comment sont vos épaules ? ne bloquent-elles pas le passage du souffle ? et votre cou ? et vos mâchoires ? dans quelle posture êtes-vous installé ? croyez-vous que le souffle réussit à nourrir toutes les cellules de votre corps ? le passage est-il libre ? Eh bien voilà, respirer c’est vivre. Respirer à demi, c’est vivre … vous avez tout compris. Pas compliqué la vie, ne laissez personne vous dire le contraire.
Eh bien quoi, qu’est-ce qui nous arrive ??? qu’a-t-on à constamment chercher des solutions en dehors de nous ? Sommes-nous à ce point démunis, sans ressource, faibles, ignorants de nos propres besoins qu’il faille consulter sans cesse ? Pas un inconfort, pas une inquiétude, pas une douleur, pas une peine, une colère voir une grippe, un mal de tête, une palpitation qui ne nous fait courir qui chez le médecin, qui chez le psy, qui chez le naturopathe, qui chez le masseur…. Et nous voilà en train de déverser dans le cabinet de l’expert notre problème en espérant qu’il nous donne la solution… en échange de quelques dollars.
Bien sur, il est sage de consulter, prendre appui sur les compétences requises et se prémunir des outils efficaces pour se guérir, mais de grâce, ne perdez pas de vue que vous êtes les seuls à détenir la clé de votre guérison. Votre thérapeute/médecin/gourou n’est pas le magicien que vous croyez, il peut certes vous offrir son soutien, mais la véritable guérison vous appartient. Il ne peut rien sans vous. Si vous lui abandonnez vos pouvoirs, et votre responsabilité , il n’aura de cesse de s’enrichir. Avec votre consentement, il va cultiver votre maladie, la cajoler, la nourrir, l’entourer, la comprendre, l’analyser, la disséquer pour vous la redonner quelques années plus tard bien nourrie , gonflée de désillusions et de déceptions voir de désespoir, seul votre portefeuille sera allégé.….
N’avez-vous jamais pensé que la solution se trouvait en vous, enfouie au cœur de votre être, que vous déteniez une puissance de guérison colossale et qu’il vous fallait activer cette énergie pour vous guérir ? Personne ne vous dira cela. Dans le propos des personnes qui vous conseillent, cherchez l’intention. Demandez-vous à qui sert le remède, vraiment. Soyez francs et honnêtes dans vos observations…
Personne ne vous a jamais dit cela. Ces choses ne vous sont révélées que dans le silence intérieur, quand cesse le bavardage mental, les idées toutes faites, les habitudes, les conditionnements. Prenez le temps de vous arrêter, d’écouter le mouvement naturel de la vie qui se fait à l’intérieur. C’est grandiose, vous habitez un corps/système d’une efficacité incroyable, la nature de votre être se régénère à chaque instant. Le corps se guérit, il faut simplement l’accompagner, le soutenir dans sa recherche d‘équilibre. Vous en faites toujours trop, vous intervenez sans cesse dans le processus naturel et bloquez ainsi votre pouvoir de guérison.
Je vous entends rouspéter, une autre qui pense que la pensée magique règle tout…et pourtant vous connaissez les limites de la médecine. Elle peut vous soulager certes mais pour vous guérir il lui faut votre consentement, votre approbation, votre écoute et votre vigilance. Comprendre ce que la maladie vous dit, l’accueillir et la transformer. Vous tournez en rond dans vos difficultés parce que vous ne cherchez pas à la bonne place. S’il y a une intervention extérieure nécessaire et souhaitable, votre participation n’en est pas moins essentielle. Votre guérison est un travail d’équipe.
Vous ne pouvez pas guérir si vous êtes inquiets, nerveux ou épuisés et le moindre doute vient altérer la puissance des traitements proposés. S’il y a une urgence c’est dans la prise en charge de sa santé, la responsabilité de son bien-être. Trouvez le chemin de la détente pour donner au corps un temps de répit physique, mental, émotionnel pour qu’il retrouve son équilibre. Faites-vous confiance, et respirez un coup.
Comprendre une fois pour toute que le bobo est une réponse de notre corps aux agressions, aux actions entreprises inadéquates et contraires à nos goûts, nos réelles aptitudes et nos préférences. Vous savez, quand tout en nous veut dire non et que nous faisons oui quand même pour répondre aux attentes des autres, à la pression du milieu, ou simplement par habitude ou par automatisme, nous créons alors un déséquilibre dans notre corps. Celui-ci doit compenser, il s’affaiblit et réagit comme il peut ; notre estomac se noue, notre foie s’engorge de colère, notre respiration se fait plus superficielle et saccadée, notre cœur s’emballe. La maladie fait doucement son nid dans nos tiraillements, nos rythmes de vie désordonnés, nos insatisfactions, nos frustrations et nos désordres.
Comment trouver cet élan de vie pure en nous, comment se relier à notre pouvoir et à notre force intérieure? En revenant simplement chez soi. Tourner les yeux vers l’intérieur, écouter et observer ce qui est là et ce qui cherche à se dire de notre propre expérience sur le monde. Accompagner cette source de vie dans son épanouissement, sa réalisation et son expression, comme vous savez si bien le faire pour les autres en particulier pour les enfants. Donnez-vous la main, aimez-vous très fort, encouragez vos efforts plutôt que vous tapez dessus à la moindre occasion, redevenez votre meilleur ami. Écoutez votre instinct, votre petite voix intérieure, elle vous guidera toujours à la bonne place au bon moment, plutôt que de vous fier aux autres. Vous êtes uniques et il n’appartient qu’à vous de trouver votre façon, votre manière d’être au monde.
Pardonnez-vous, vous n’êtes coupable de rien. Ce bobo s’est installé en vous depuis peut-être plusieurs générations, mais il ne vous appartient pas nécessairement. Vous n’êtes pas responsable de tout. Votre seul devoir est de le transformer, lui offrir un espace pour grandir, s’épanouir et s’évanouir. Comme tout ce qui vit naît, croit et meurt, permettez à la maladie de suivre son cycle permettez-lui de passer en vous, Ne vous y accrochez pas, elle passe..
Cette expérience peut être une source d’éveil, une occasion de grandir et d’évoluer. Elle viendra influencer votre regard sur le monde et la vie et votre témoignage est important, il est attendu par les générations futures. Vous qui semblez souffrir dans votre chair, prenez conscience que l’héritage que vous préparez dépasse le meilleur compte en banque. N’enviez personne. Suivez vos traitements en gardant une partie de votre attention sur le soleil qui brille, la rosée du matin, les oiseaux qui chantent, le sourire d’un enfant…Votre maladie vous ralentit et vous donne le privilège et l’obligation de vous arrêter. Quelle opportunité ! Quelle chance vous avez! Alors que la plupart des gens courent comme des fous, passent leur journée enfermé, manquent la beauté du monde et la richesse du contact avec leurs êtres chers, vous êtes au première loge pour observer les clairs de lune et les plus disposés à trouver la recette du bonheur et la meilleur façon de dire je t’aime…..
Respirez, riez, souriez. Jouez votre propre vie. Il est temps de revenir chez soi, redevenir son propre maître. Si vous ne pouvez changer les choses, vous pouvez changer votre regard sur les choses. Tout est dans la manière, rien est dans la matière .
Danser la vie qui danse en vous, danser Tai Chi.
Texte écrit par Luce Desgagné
publié dans la Revue Vitalité Québec, ed. Juillet-Août 2003