Que l’hiver soit un vrai hiver!
Se laisser guider par le mouvement naturel de cette terre qui se repose dans la noirceur, enfermé sous la neige et la glace, là ou la lumière passe peu.
Accepter ce repliement de la nature sur elle-même et suivre cet élan dans notre corps.
Descendre dans les profondeurs des profondeurs en suivant l’image de l’eau qui coule vers le bas, qui s’infiltre partout, s’insinue, s’étale et se répand. L’eau vient à bout de tout, elle contourne les obstacles et poursuit sa route. Petit à petit, avec le temps, patience et persévérance elle creuse son nid en grugeant sur son passage les pierres, les falaises et les vallées.
Suivons cet élan et laissons les liquides de notre corps contourner les tensions et les difficultés, les tristesses, les peurs, les colères, tout ce qui contient notre mal de vivre et nos douleurs, tout ce qui bloque notre évolution et notre recherche d’harmonie. Petit à petit, avec la même patience et la même persévérance, laisser les liquides s’insinuer dans notre corps et gruger les obstacles. Détendre son corps, relâcher ses muscles, se déposer et laisser l’hiver s’installer dans toutes les cellules de notre corps,.
Prendre le temps de se reposer, se ressourcer au cœur de son être. Se mettre à l’écoute avec beaucoup de respect du germe endormi par la saison, de cet élan de vie qui attend son temps avec patience et sagesse. Écouter les forces qui se jouent là, suivre le mouvement de l’origine du soi. Se laisser informer par cet espace intérieur vaste et accueillant, par tout ce qui cherche à se dire.
Permettre que l’hiver arrive en nous, c’est aussi permettre que le printemps soit un vrai printemps et que surgisse de notre terre fertile le germe de notre créativité, le neuf. Aller chercher au fond de soi le meilleur de la vie, le souffle de l’amour, la joie paisible, le bonheur de vivre simplement naturellement. Un corps qui ne se repose pas, perd son tonus et sa vitalité, nous savons cela. Un esprit agité en mouvement perpétuel perd aussi sa capacité de création et son tonus. Il tourne en rond.
Que l’hiver soit un vrai hiver ! Que nos esprits, nos cœurs et nos corps retrouvent leur liberté dans l’écoute, l’attention constante et la vigilance, pour que s’éveillent de ce long sommeil notre être véritable, notre divinité et nos pouvoirs cachés sous le poids des habitudes, des tensions perpétuelles, et des automatismes.
Les humains sont des créatures de conscience qui progressent par étape dans leur voyage de la conscience, des êtres inconnus d’eux-mêmes, débordant de ressources qui n’ont jamais servi.
Carlos Cataneda
Texte écrit par Luce Desgagné